UN INVINCIBLE ÉTÉ

Nous y sommes. Une nouvelle année commence. Sentiments partagés de renouveau et de continuité mêlés. Alors fleurissent partout, sur nos portables, sur de plus en plus rares cartes de vœux, témoins d’une époque révolue, sur IG et ailleurs, les souhaits d’une « Année lumineuse », de « Bonheur et de succès », d’amour aussi, d’argent pour les plus prosaïques. Étrange catalogue répétitif, sans risques, où jamais n’est souhaité le droit à la rêverie, de faire des choix qui semblent fous, le droit de se tromper ou celui de cesser de renoncer au culte de l’urgence… Chaque vœu en dit beaucoup sur la personne qui les prononce, chaque vœu (ou absence de vœux) nous révèle. Personne n’est dupe au fond. Une nouvelle année n’est pas à chaque fois une épiphanie, le grand changement dont nous rêvons souvent, un nouveau départ, un « reset » pour reprendre un mot cher à nombre de programme de coaching. Mais cette bienveillance, cette gentillesse qui n’a rien de factice, répond à notre intarissable besoin de liens, de partage, d’espoir, et nous réconforte. Réassurance des rituels.

Et puis vont arriver les bonnes résolutions. Arrêter de fumer, retourner à la piscine, manger moins de sucre. Lire davantage Vs regarder Netflix jusqu’à minuit, méditer Vs passer des heures sur les écrans, devenus les symboles de tous nos maux. Mais si les statistiques divergent, toutes les études le montrent, les bonnes résolutions ne tiennent pas. Est-ce si grave ? Est-ce que juste formuler que l’improbable est peut-être, après tout, possible ne suffit pas à nous permettre de nous sentir un peu mieux?

Nous savons bien pourtant que l’année ne sera pas toujours « lumineuse ». Qu’il y aura, pour reprendre la belle formule de Christian Bobin, « des gifles et des branches de lilas » et que (…) « la vie est lumineuse d’être incompréhensible ». Nous savons aussi que nous continuerons, dans notre immense majorité à faire le 1er janvier ce que nous faisions le 31 décembre, à passer trop de temps sur nos écrans, à manger trop de sucre et à lâcher la piscine au bout de trois séances. Mais nous savons aussi qu’au cœur de cette vie incompréhensible, imprévisible, au-delà des points d’exclamations ponctuant des souhaits enthousiastes et des vœux de bonheur arrachés à notre fragilité et à nos incertitudes sur l’avenir, au-delà des pactes de vie saine et de comportements « raisonnables » rarement respectés, nous pourrons toujours compter sur nos ressources de joie, de force et de vie, de courage aussi. Nous sommes des funambules, rétablissant sans cesse et courageusement l’équilibre entre nos idéaux et l’adversité.

Et nous avons aussi qu’il y aura toujours, pour reprendre une autre célèbrissime formule d’Albert Camus, « … au milieu de l’hiver » et des montagnes à gravir, encore et encore, « Un invincible été. ».

Cet article a été rédigé par Marie Paule Faure, enseignante en méditation en ligne.

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